VDV#54 ou la (dé)construction de mon cadavre exquis…


Je dois l’avouer, je ne suis pas très joueuse. Je n’aime pas perdre. Mais alors, vraiment PAS. Donc pour limiter les risques, je ne joue pas. Ou très peu car en effet, je me laisse parfois tenter . La preuve ici puisque je me suis prêtée au jeu de ce qui est mon premier vendredi du Vin.

Et puis, les dégustations à l’aveugle, j’aime bien ça. Ça fait travailler la mémoire, ça fait faire des efforts, de concentration surtout. On remonte le fil de ses souvenirs, on repense à ce qu’on a déjà dégusté, à ce qu’on aurait du déguster aussi…C’est un exercice nécessaire, auquel on doit s’adonner de temps en temps. Comme une gymnastique des sens, de la mémoire, de l’imaginaire aussi.

Pour ce vendredi du Vin, je n’ai donc pas œuvré seule puisque j’ai demandé à un ami photographe et dijonnais (détail que se révélera être de toute importance incessamment sous peu), de se prêter au jeu avec moi. J’ai aussi demandé à mon caviste de sélectionner 3 vins pour moi. La consigne était simple: du rouge, parce que j’en avais envie, dans une gamme de prix raisonnable (budget d’étudiante oblige) . Jouer pour jouer, je ne souhaitais pas avoir d’indications concernant la région du nectar, même si je savais bien qu’on resterait sur la France.

  • VIN N° 1 : la joueuse perdue

La dégustation a naturellement commencé sous le signe de la légèreté, avec un vin "bourré de flotte", pour reprendre les termes de  mon acolyte. Une robe aux reflets rubis, très claire ; un nez peu expressif, sur des notes de fruits rouges ; une bouche fraiche et courte, avec une belle acidité quand même en fin de bouche. Un cépage qui me dit vaguement quelque chose, mais que je n’arrive pas à identifier. Zut ! Ça commence mal…

Alors soit, il vient d’une région froide celui là. Quant au millésime, ça doit être du 2011, j’irais même jusqu’à 2012. Mais pour le reste, je ne sais pas. A que d’où vient-il ??? A que je suis perdue !!!

Finalement, face à notre manque d’enthousiasme commun, on ne tarde pas à déshabiller cette première quille. On découvre alors le Saumur Champigny de Jean-Noël Millon, en 100% Cabernet-Franc, sur le millésime 2010. Pour ma défense, je dois dire que c’est une appellation que je ne connais que très peu. Un cépage que je n’ai pas beaucoup dégusté non-plus.

Voici donc la Source du Ruault. Pour ceux (comme moi) qui ne connaissent pas et qui voudraient l’essayer, c’est un canon, à déguster (très rapidement), l’été entre copains, à l’apéro de 11h30 par exemple.

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  • VIN N° 2 : La joueuse heureuse

Je suis contente de découvrir une belle robe aux reflets  grenat, bien plus soutenue que celle du vin précédent. Je mets mon pif dans le verre, et là, j’ai déjà envie de chanter …

…….on dirait le suuuud, le temps dure longtennnneeemps……

Je retrouve les cépages et la typicité de mon Languedoc adoré. De la Syrah d’abord, pour le côté très aromatique et expressif, du Carignan aussi. Je l’aime tellement celui là que je pourrais le deviner le nez bouché. Je me doute qu’il doit sans doute y en avoir d’autres, pour donner autant de complexité à ce vin. C’est un nectar solaire, équilibré, bien structuré, qui sait rester léger aussi.

Je paris donc sur un vin du Languedoc, millésime 2011. Oui, le Languedoc, c’est grand, mais j’ai beau procéder par élimination, il est impossible pour moi d’être plus précise, je ne pense pas avoir dégusté ce nectar auparavant.

Après l’arrachage consciencieux du papier autour de la bouteille, on découvre un vin du pays de l’Hérault. Le Mas Laval, cuvée les Pampres, en 2011. La Syrah est bien là, le Carignan aussi. Me manquaient quand même les compères Grenache et Mourvèdre.

Voilà une dégustation plus agréable que la première, qui nous requinque pour attaquer l’étape finale, ou devrais-je plutôt dire, le fiasco final !

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  • VIN N° 3 : la joueuse influençable

Alors sur ce coup là, je m’en suis voulue. La débutante que je suis s’est laissée délibérément influencer .

D’abord, par la robe. Et pourtant, je sais bien qu’il ne faut jamais la croire celle là. Peu profonde, limpide, quasi-transparente. Pas du tout en adéquation avec le nez que ce vin m’offre, puisque je retrouve encore une fois ma copine la Syrah, avec des touches de Grenache. C’est épicé, ultra boisé, voir trop, beaucoup de gaz carbonique aussi, ce qui ne me dérange pas d’ailleurs. En bouche, on dirait que ça goûte un peu aux sulfites, à mon grand désespoir . Je sens également une tendance à virer chocolat – liqueur – griotte type « Mon Chéri » qui ne me plait pas du tout, même si c’est bientôt Pâques…

Ensuite, à entendre délirer mon acolyte : fût neuf + SO2 + court en bouche = Côte de Beaune. Côte de Beaune ? Et moi qui sens la Syrah…je débloque ou quoi ??? J’aurais du penser à son aversion historique pour les vins Beaunois. Dès qu’il goûte un vin qui ne lui plait pas trop, il ne cherche pas à comprendre le coquin, c’est la faute à Beaune et puis c’est tout !

Bref, tous ces revirements de situation ont réussi à me déstabiliser et ont eu raison de moi. L’alcool aidant (pas de crachoir le jeudi soir), je ne sais plus où j’habite, je jette l’éponge.

Et voilà que je me décompose à la vue de cette 3ème et dernière bouteille, un Côte du Rhône. Oh fan de chichourle ! C’était pourtant si facile, ça me paraît si évident à présent… Honte à moi !

On termine donc cette dégustation à l’aveugle sur un air de Réméjeanne, du domaine éponyme. Issu de l’assemblage Grenache et Syrah, dans son millésime 2012.

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Une dégustation à l’aveugle, ça me fait beaucoup penser au jeu du cadavre exquis, célèbre invention des poètes surréalistes, au début des années 20. Chacun y va de son avis, les mots se mélangent, on construit, on déconstruit ensemble, on se retrouve avec des combinaisons improbables, comiques parfois (cf. notre Côte du Rhône du pays Beaunois).

Princesse Brandon déglutira une petite mirabelle gaiement dans un cageot (André Breton, Recueil pour un Prélude, 1937)

Merci donc à Anne Graindorge, pour ce moment de rires et de partage. Et merci aussi puisque je sais désormais ce qu’il me reste à faire, travailler d’arrache pied (de vigne) !

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Et pour finir, une petite chanson de circonstance et une spéciale dédicace à mon caviste, www.dingovino.com, qui s’est prêté au jeu lui aussi :)

Crédit photos: Franck Clarençon

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